Autrefois, mon seul moyen de voir le monde était d'en distinguer les formes et les couleurs : le ciel, les bâtiments, les animaux, les objets... J'existais en tant que personne, dans le temps, marchant vers une fin inévitable. Un jour, je mourrais, et le monde continuerait.
La méditation et l'observation vigilante de la réalité ont modifié cette perception. Aujourd'hui, tout me semble à demi-transparent, imprégné par une même substance : la conscience. Les choses n'ont pas d'existence propre. Elles apparaissent et disparaissent, insaisissables, au sein d'un champs de conscience illimité.
Ce corps mourra, sans doute. Mais je ne suis pas seulement ce corps. Ce que je suis, à un niveau plus fondamental, est le contenant même de toute réalité, un espace non-localisable, hors du temps, dans lequel le monde entier se manifeste et se dissout. Tout surgit en moi, et tout s'évanouit en moi. Et je demeure immobile, vaste, silencieuse.
Pourquoi percevoir le monde ainsi ? Parce que c'est plus vrai. Parce qu'il n'y a plus de voile qui crée la division et la souffrance. Voir la réalité telle qu'elle suscite une satisfaction totale. Mais ce n'est ni le « bonheur » ni la « félicité » que l'on imagine souvent sur le chemin spirituel. Simplement, je vois la réalité sans concept, sans filtre mental. Grâce à cela, je me sens libre.
Lorsque j'avais sept ans, j'ai pris conscience de la mort. Elle m'a semblé si évidente et si inévitable, que cette révélation m'a presque traumatisée. Il était clair que personne ne pouvait y échapper. Et pourtant, plus de trente ans plus tard, je me découvre hors du temps. Le corps se dissoudra, mais ce que je suis ne bouge pas. Comme un fond d'écran immuable derrière le flot des apparences.
Cette réalité est toujours surprenante. Je vois les vagues d'expériences naître et disparaître, tout en demeurant comme l'inaltérable Absolu.